Grégory Gendre, maire de Dolus-d’Oléron

photo-gregory-gendre« Le développement de la bio doit s’intégrer dans un projet de territoire qui va au-delà de l’alimentation »

Grégory Gendre, maire de Dolus-d’Oléron (Charente-Maritime), engagé dans une politique de transition énergétique, écologique et sociale, explique sa démarche pour le bio.

Quels sont vos objectifs en tant qu’élu en matière de restauration ?

Nous avons toujours bien mangé à la cantine à Dolus ! Ce sont les administrés eux-mêmes qui le disent. C’est un point qui était déjà mis en avant avec l’ancienne municipalité. Mais nous avons pleinement investi le sujet dans le cadre de la mise en place des rythmes scolaires grâce à un travail de concertation avec les citoyens autour de trois thèmes que sont le parcours de l’enfant, la cohérence entre ce parcours, la bienveillance et la communauté éducative, et enfin la connaissance de son alimentation et la nécessité de savoir bien se nourrir. Se réapproprier ce que l’on mange est un dénominateur commun dans lequel tout le monde se retrouve. L’alimentation est ainsi devenue un sujet central lors de la pause méridienne en abordant notamment le sujet du développement des produits biologiques et des circuits courts. 

Comment avez-vous fait pour développer le bio en restauration scolaire?

Au démarrage, nous avons travaillé sur différents aspects. Aussi bien la logistique, la cuisine que les approvisionnements. Pour la partie cuisine, notre chef a été formé dès 2015 par l’association Un Plus Bio qui nous a beaucoup aidés dans la démarche de développement des produits biologiques. C’était une étape importante, voire incontournable, car dans la pratique on s’aperçoit que les projets en restauration biologique qui fonctionnent sont ceux qui sont partagés, et non simplement imposés ou voulus par un élu. Pour les approvisionnements, nous sommes de longue date en lien étroit avec la Ferme de la Poltière située à Dolus. Elle cultive en bio depuis son démarrage en 2003 et fournit plus de 65 % des légumes de la cantine de la commune. Et puis nous travaillons aussi avec Mangeons Bio Ensemble pour l’épicerie et la viande. C’est une plate-forme de distribution de produits biologiques de Poitou-Charentes pour la restauration collective.

Avez-vous fixé des objectifs précis en matière de produits biologiques ?

Nous avions 35 % de produits biologiques en restauration scolaire en 2016 et nous sommes aux alentours de 45 % pour l’année 2017. En septembre dernier [2017], nous avons d’ailleurs reçu la labellisation Ecocert en cuisine niveau 2 (soit 30 % de bio et 30 composantes par mois). Nous candidaterons pour le niveau 3 d’ici la fin 2018. L’idée est d’avoir toujours plus de bio mais par forcément avec un objectif fixé dans le temps. Il faut tenir compte de la réalité. La Communauté de communes (CDC) de l’île d’Oléron, dont je suis vice-président en charge du développement économique, a signé une charte développement durable depuis plusieurs années. Par ailleurs, nous luttons contre les friches pour développer la surface agricole, favoriser les installations agricoles en maraîchage et en élevage. Nous avons 9 % de surface agricole utile (SAU) dont 20 % de bio. Et bien sûr, tout cela est à relier à la restauration collective, mais aussi commerciale. Il faut jouer le jeu avec les personnes qui souhaitent faire de la véritable cuisine. Nous allons avoir une chargée de mission au sein de la CDC qui va promouvoir l’achat local, les circuits courts et les produits biologiques. Ensuite, l’idée serait d’aller encore plus loin avec le département en agissant en direction des collèges, puis avec la Région en direction des lycées…

C’est très ambitieux…cela semble dépasser pour vous la seule restauration collective ?

Oui tout à fait. Il faut porter les idées jusqu’au bout et mener des actions fortes afin qu’elles s’inscrivent dans le territoire et qu’il ne soit plus possible de revenir en arrière quelle que soit la mandature. Ici, nous avons un enjeu de taille, celui de la qualité des eaux et de la baisse du volume d’eau douce. Nous devons apprendre à travailler avec les agriculteurs et les céréaliers de la Région. Il est important de mettre en place une cohérence territoriale, des projets qui font sens, et de développer l’économie circulaire. Mais il est certain qu’aujourd’hui, dans mes fonctions et mes engagements, la question alimentaire est très prégnante. Elle couvre tous les champs - agricole, social, éducatif, économique, comptable - et une palette de sujets très large. Très vite, elle fait écho à la notion de filière, aux liens avec l’aménagement du territoire et du paysage. L’alimentation permet de recréer ce qui fait le sel de l’échange et de la politique !

>> Voir la fiche expérience complète sur restaurationbio.org.

Propos recueillis par Isabel Soubelet